En route pour l’imprévu

Réviser Lisbonne, déjà. 40 chambres de 27 pays s’y apprêtent. Les marchés financiers en ont décidé. Et Angela Merkel.
Un an après son entrée en vigueur, les coutures du «traité des parlements» craquent sous l’effet de la crise. Les élus nationaux, pour y avoir beaucoup perdu, s’y voyaient reconnaître de nouveaux droits. Ils s’y étaient préparé, chacun pour soi et ensemble. Or voilà qu’à peine engagés dans leur exercice ils prennent de plein fouet le boomerang de l’euro et de la solidarité de fait de banques entremêlées.

Leurs prérogatives budgétaires s’étrécissent sous l’effet du semestre européen. La discipline commune de la gouvernance économique élargit son périmètre à même leurs circonscriptions. Mot d’ordre arrêté collectivement, à Bruxelles, par leurs gouvernements: « consolidation ». Leurs électeurs, à l’entrée du tunnel d’une austérité sans débouché visible, grondent. La question des raisons de vivre à 27, et même à 17, fait retour sur la scène politique nationale.

Il y a aussi les plaies d’argent public, dette souveraine oblige. Elle saignent les caisses de leurs ministères de la défense et déciment leurs corps diplomatiques. L’arrimage au monde leur échappe au moment même où celui-ci change de cap.

Simultanément, au dessus, ou au dedans, comme on voudra, l’Union s’étend. Pas budgétairement, certes. Elle échafaude son ministère des affaires étrangères, se tâte sur une défense commune, prépare à petits bruits sa stratégie de sécurité intérieure. Strasbourg se déploie tous azimuts sur ces voies d’expansion.

Pour retrouver prise sur elles, les parlements nationaux ont une option : jouer collectif. Cette perspective leur donne le vertige, tant ils diffèrent, surtout quand il faut fixer les règles de concert avec le Parlement européen. Une équation protocolaire reste à résoudre : comment combiner la géométrie diplomatique des délégations de représentants nationaux avec les proportions très politiques de la représentation d’un Parlement supranational? Bref, comment s’asseoir ensemble ? Et qui fait quoi ?

En route pour l’imprévu, en somme.


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